Historique

Il était une fois en France

Série : Il était une fois en France

Auteurs : Fabien Nury (Scénario) et Sylvain Vallée (Dessin)

Couleurs : Delf

Editeur : Glénat

Genre / Sous-genre : Fiction Historique / Seconde Guerre Mondiale

Mon appréciation :

Dans ma scolarité, j’ai toujours idéalisé les histoires de résistants en France pendant la Seconde Guerre Mondiale, apprenant la liste de leurs faits d’armes et les imaginant en héros martyrs d’une certaine idée de la Liberté (oui oui on a les idoles qu’on peut…). Je n’ai jamais réellement pensé à ce que pouvait être la réalité de l’Occupation, la ligne ténue qu’il y avait entre la collaboration et la survie. De même que je ne pouvais pas comprendre l’ambiguïté de la Libération, où la justice des vainqueurs devait faire place à la reconstruction. Et bien cette série m’a ouvert les yeux sur ces sujets… non pas en y apportant des explications, mais en racontant l’histoire d’un homme qui dût y faire face, sans chercher à apporter une quelconque morale.

Commençons par le scénario : il se passe beaucoup de choses dans ces 6 tomes ! Plusieurs histoires s’entremêlent autour de celle de Joseph Joanovici, juif roumain illettré avec un don pour trier le métal et un sens du commerce plus que poussé, qui tentera de sauver son « empire » au milieu des gangsters, des nazis, des collabos, des résistants, bref parmi toutes les forces actives pendant et après la guerre. J’ai été surpris de voir que la plupart des faits décrits sont réels (leur représentation peut toutefois être « revisitée »). Il est rare qu’une histoire arrive à remplir 6 BD sans temps mort !

C’est avec cette série que j’ai découvert le dessin de Sylvain Vallée, qui ne m’a pas enchanté au début, mais que j’ai finalement trouvé parfaitement adapté au traitement de faits historiques. Je m’explique : les traits des personnages sont poussés (gros nez, visage allongé…) et assez typés (grosses lèvres pour les africains, cheveux ondulés pour les juifs…), mais ce n’est pas dans une volonté de caricaturer. Au contraire, cela appuie l’histoire des personnages en nous aiguillant vers sa personnalité. Et finalement, quand on cherche à s’inscrire dans des faits historiques, il est difficile de tourner l’histoire dans le sens du personnage : le dessin compense alors en faisant passer les messages. Le tout se lit finalement très bien.

Je comprends que cette série ait été primée, je n’en ai jamais vu de similaire. Et lorsqu’on l’a lue en entier, on peut la relire et découvrir de nouvelles choses !

Ma note sur 10 : 10 bouts de ferraille

Les protagonistes :

  • Joseph Joanovici: survivant d’un pogrom russe, Joseph arrivera en France en tant que ferrailleur, et construira un empire du négoce avant-guerre malgré son illettrisme. Son objectif principal semble de toujours amasser plus de richesses, mais pas par cupidité : c’est ce qu’il sait faire de mieux, et il verra très vite que ça lui permettra de survivre dans ce monde hostile. L’amour pour sa famille est dépeint de manière ambigüe : attaché à eux, il éloigne au maximum sa femme et ses filles de ses affaires comme pour les garder « pures ». Quant à son éthique, elle est à géométrie variable et je la résumerais ainsi : quand on arrose tout le monde, personne ne peut vous accuser ! Je n’ai pas lu les biographies écrites sur « Monsieur Jo », mais le portrait qui en est fait ne verse pas dans la bienveillance.
  • Eva Joanovici : épouse de Joseph, et mère de ses filles Hélène et Thérèse. Elle fait office de conscience pour son mari, ce qui doit expliquer qu’il l’éloigne très vite. C’est grâce à son oncle Emile Krugh que le couple arrive en France, mais c’est à peu près toute la place qu’elle occupera jusqu’aux derniers tomes.
  • Mohrdar (Marcel) Joanovici : frère de Joseph, l’histoire n’explique pas comment il le retrouva après le pogrom. Au début enjoué d’aider son frère à fonder son commerce, il s’en détachera peu à peu pour lui aussi rappeler ce qui est bon de ce qui ne l’est pas. Je trouve que c’est le personnage qui apporte le moins à l’histoire, et je n’en vois pas l’utilité.
  • Lucie Schmidt (Lucie-Fer) : secrétaire de Joseph, elle sera également son amante. A mon sens il s’agit de celle qui aurait mérité d’être plus étoffée. Comment est né son amour pour Joseph ? Pourquoi accepte-t-elle de rester dans son ombre ? Avait-elle d’autres motivations ?
  • Jacques Legentil : personnage fictif, le « petit juge de Melun » sera celui qui cherchera à faire tomber Joseph par tous les moyens. J’ai beaucoup apprécié sa descente aux enfers, représentative de l’inanité de chercher la justice à tout prix : doit-on tout perdre quand on est le seul à vouloir faire valoir la Vérité ? Surtout quand cette Vérité détruira plus qu’elle ne permettra de reconstruire…
  • Lucien Piednoir : inspecteur résistant, il deviendra le comparse de Joseph avec le commissaire Armand Fournet après qu’il les ait libérés d’une rafle. C’est un peu le « gros bras » du ferrailleur, une sorte d’acolyte que tout mafieux se doit d’avoir à ses côtés. Bien qu’il aura un rôle actif dans l’histoire, je pense que lui aussi aurait mérité d’avoir ses états d’âmes plus développés.
  • Henri Lafont: les auteurs ont fait des choix dans la représentation de ce collabo de la Gestapo en tyran fanfaron et sans scrupule. Il semblerait que la réalité ait été un peu plus mitigée. Néanmoins il sert bien l’intrigue et permet de mieux exacerber les contradictions de Joseph.

A titre de référence : http://liberation-de-paris.gilles-primout.fr/monsieur-joseph.

A qui cette série plaira ?

  • Aux fans de la seconde guerre mondiale, côté Résistants
  • Aux férus d’Histoire (mais pas puristes), pour revivre l’ambivalence de la période d’après-guerre
  • Aux amateurs de polars, avec un protagoniste ayant plus d’un tour dans son sac

Tomes parus (les * ne font pas partie de ma collection) :

  1. L’Empire de Monsieur Joseph (2007)
  2. Le Vol noir des corbeaux (2008)
  3. Honneur et police (2009)
  4. Aux armes, citoyens ! (2010)
  5. Le Petit Juge de Melun (2011)
  6. La Terre promise (2012)

Le premier tome reste à mon sens le meilleur de la série, car alignant les flashs dans le passé et permettant de mettre l’intrigue en place. Les autres garderont une structure linéaire. Mais il n’y a que peu d’intérêt à n’avoir qu’une partie de la série, s’agissant d’une seule histoire.

Disponibilité : à la date de ce post, je le vois toujours dans les librairies.

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