Shangri-La

Shangri-La

Auteur : Mathieu Bablet

Editeur : Ankama

Genre / Sous-genre : Science-Fiction / Futuriste

1ère parution : 1996

Mon édition : 1996 (1ère édition)

EAN : 9782359109696

Nombre de planches : 220 (temps de lecture = 1h-2h)

 

Mon appréciation :

Cette BD est à l’origine un cadeau, sur recommandation du libraire. Généralement je ne me plonge pas de moi-même dans de tels pavés, mais là je n’ai pas regretté.

Je ne connaissais pas l’auteur, et avec cette œuvre je me dis qu’il a un fort potentiel. Son univers fourmille de détails, il pousse certaines réflexions dans des directions intéressantes mais laisse toujours le lecteur tirer ses conclusions, il casse son rythme pour mieux nous dérouter, et tout recommence.

De nombreuses revues ont été faites par des experts de la bande-dessinée, je n’ai pas la prétention de révolutionner la lecture de Shangri-La. Mais dans l’esprit de ce blog je souhaite partager avec vous ce qui m’a le plus frappé.

La couverture : belles couleurs, sobre, laissant juste deviner que l’action se déroule dans l’espace mais tout semble figé, avec un profond sentiment d’isolement. Cela représente parfaitement l’état d’esprit du protagoniste, le refuge qu’il cherche à atteindre.

Le titre : je ne le savais pas avant d’écrire cet article, mais Shangri-La est un lieu imaginaire issu du roman Lost Horizon de James Hilton (1933), « un lieu fermé dans lequel l’on voit de merveilleux paysages et où le temps est suspendu dans une atmosphère de paix et tranquillité »… rappel du refuge dépeint sur la couverture, et rappelé à plusieurs reprises dans la BD.

Le début : déroutant, on ne sait pas ce qui se passe et où ça va nous mener. Et quand on voit les dernières pages on comprend. Et on relit immédiatement.

Les protagonistes : un personnage principal (Scott) qui ne veut pas remettre en cause le confort dans lequel il vit ; ses amis qui versent doucement dans le terrorisme face à une entreprise-mère qui contrôle tout (?) ; une sous-espèce croisée d’animaux et d’humains, intelligents et souffre-douleur servant à canaliser les frustrations d’une société en conserve ; des scientifiques qui se prennent pour Dieu ; les habitants de la station dépeints en bons moutons, asservis à la société de consommation… Chacun représente les traits de la société actuelle (égoïsme, aveuglement volontaire, narcissisme, volonté de conquérir/garder le pouvoir sans état d’âme, arrogance, discrimination, exploitation du plus faible…), et pourtant chacun va aussi apporter un espoir (héroïsme, abnégation, révolution, accomplissement, quiétude…). Mais bizarrement pas l’amour, excepté fraternel : l’absence de réel enjeu romantique dans le récit permet aussi d’explorer beaucoup d’autres facettes du message que veut passer l’auteur.

L’histoire : on retrouve quelques caractéristiques de l’enquête policière dans le déroulement du récit, sans que ça n’en soit une. Le monde de Tianzhu de dévoile et se dégrade au fil des découvertes de Scott. Puis on se rappelle du début, et on sait que ça ne finira pas bien…

La fin : déroutante, d’abord par l’absence de dialogue, puis par l’absence d’explication. On y comprend quelques éléments, et on suppose le reste. Et c’est très bien comme ça, chacun en tire ce qu’il veut comme morale !

Ma note sur 10 : 10 crédits Tianzhu.

Dialogue préféré :

Planche 84, Case 7 et Planche 85, Case 1, entre Aïcha l’idéaliste et un scientifique de la station, au sujet de la création d’une nouvelle espèce humaine :

« Donc vous justifiez le fait de détruire la colonie juste par ego ?

– Non, pour la création. Cette habilité exclusivement humaine, absolument secondaire pour la survie de notre espèce, qui permet par la seule volonté d’accoucher de quelque chose du néant ! Et vous me demandez pourquoi on fait ça ? Pourquoi la musique alors ? Pourquoi la littérature ? Pourquoi l’art ? Pourquoi les sciences ? Ça vient à la fois de nulle part et du plus profond de nous-mêmes. C’est la petite étincelle de grâce qui nous fait dire que peut-être, oui, peut-être nous sommes un peu plus que des enveloppes de chair et de sang, juste bonnes à consommer du Tianzhu. »

Case préférée : Planche 47, Case 1.

Satyre préférée :

Planche 122, Cases 4, 5 et 6 :

« S’il y a si peu d’animoïdes chats sur la station, comparé aux autres espèces, c’est qu’il y a des centaines d’années, l’homme pensait qu’ils pourraient le détrôner et devenir les maîtres du monde grâce à leur pouvoir hypnotisant ! Un tiers d’internet n’était composé que de vidéo de chats !!! Les gens passaient des heures à les regarder !

– Incroyable… mais pourquoi ça ?

– Va savoir ! Les humains de l’époque devaient les vénérer ! »

L’histoire :

« L’espace infini.

L’Homme et

Tianzu Enterprises.

Tianzu TV,

TZ-Phones,

Tianzhu-Tab,

Tianzhu Fitness,

Tianzhu Burgers,

Tianzhu Immobilier,

Tianzhu Bank…

Le mon est parfait car

Thianzu Enterprises

veille à votre bonheur. »

L’humanité a trop pollué la Terre, et toute la population humaine a dû s’exiler sur une gigantesque station orbitale dirigée par Tianzhu Enterprises, qui veille aux besoins de chacun. Scott est un ingénieur mandaté par le conseil d’administration pour enquêter sur des anomalies sur plusieurs stations de recherche, où apparemment des explosions sphériques annihilent les équipes scientifiques sur place.

Scott est épaulé dans ses déplacements en-dehors de la station par son frère Virgile, Aïcha, Nova et l’animoïde chien John, qui se révèleront tous être affiliés au mouvement révolutionnaire mené en secret par M. Sunshine.

De leur côté, les sicentifiques de la station développent le projet « Homo Stellaris », qui consiste à créer une vie humaine pouvant vivre sur Titan (satellite de Saturne), qui a été rendue habitable. Mais pour créer la Vie, ils doivent maîtriser l’antimatière, qui pourrait bien détruire toute la station.

Le scénario va faire plusieurs écarts pour explorer certains aspects des personnages et de ce qu’est devenu la société, pour offrir un regard critique sur ce à quoi peut nous amener le monde actuel.

Le coin du spoiler :

Ce qui n’est pas cohérent (mais allez on n’en veut pas à l’auteur) :

  • Je ne suis pas astrophysicien, mais même en considérant une évolution exponentielle de la masse de l’étoile, je doute que l’on passe de 97% à 100% de la masse de Chandrasekhar en quelques heures ?
  • Scott arrive à faire fonctionner son armure avec une petite éolienne ? Même dans le futur il sera difficile de pas générer plus d’énergie qu’on n’en capte…
  • Si Tianzhu contrôle la station et les médias, ils peuvent empêcher les scientifiques de révéler leur secret ?
  • De l’essence est disponible à la vente : pourquoi faire ? D’ailleurs avec les niveaux d’oxygène dans les stations spatiales le feu prend une ampleur tout autre ? Et encore moins les fusils.
  • La station ne paraît pas être en rotation : comment est maintenue la gravité ?

Mais c’est vraiment pour pinailler, ça ne gêne en rien l’intérêt du récit (qui ne s’embarrasse d’ailleurs pas de fastidieuses explications techniques).

Pourquoi acheter cette BD ?

Parce que c’est un bel objet, qui s’inscrit dans son époque et vous fera peut-être vous poser certaines questions.

Disponibilité : s’agissant d’un album récent ayant fait sensation en 2016, il est encore à la date de ce post disponible dans toutes les bonnes librairies.

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